• C'était une tempête d'interprétations passionnées. Cette année encore, le concert final m'a bouleversé. Les Japonais ont pour langue maternelle le japonais. La plupart des gens qui apprennent beaucoup de vocabulaire et la grammaire d'une langue étrangère ne parviennent qu'à l'ânonner. Mais le locuteur natif peut sentir, penser, voire même émouvoir par sa langue maternelle. En musique, c'est la même chose. Soyons des musiciens natifs !
    Pour atteindre ce but :
    1) N'obéissez pas trop à la barre de mesure. C'est comme lorsqu'on se soucie seulement des temps, et qu'on n'arrive pas à se concentrer.
    2) N'obéissez pas trop aux indications données par la partition. C'est une grave erreur d'estimer que cette façon permet d'interpréter mieux. On peut ne pas obéir aux indications si on ne le veut pas. C'est ça, être un musicien natif.
    3) Sentez la tonalité. On étudie la dominante, la sous-dominante et la tonalité relative. Ces différences de tonalité équivalent à « chanter sur Terre », « chanter sur la Lune », « chanter sur Mars ». Par exemple, voici ce qui a été interprété aujourd'hui :
    - Dans la seconde moitié du final du « Concerto pour violon et orchestre op. 61 nº 3 » de Saint-Saëns, la tonalité module vers ut majeur. C'est la tonalité napolitaine de tonique (si mineur).
    - L'apothéose du final de la sonate nº 3 de Brahms est en ut bémol majeur. C'est la tonalité napolitaine de la sous-dominante de tonique (fa mineur).
    Les deux sont des tonalités étonnantes, et on se sent comme entrer dans un trou noir. C'est ce que ressent un musicien natif.
    Mes félicitations à tous les participants ! C'était exceptionnel, bravo !

    Chantez sur Terre, sur la Lune, sur Mars

    (Discours critique que j'ai prononcé à la fin du « 32e concours musical de Shimamura » à la Salle Kioï à Tokyo)

    J'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordesJ'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordes


    votre commentaire
  • Voici cinq ans que je suis membre du jury de ce concert. Je suis très heureux d'avoir vu tous les ensembles s'améliorer. Chaque ensemble nous a montré le meilleur de la musique d'ensemble de mandolines et de guitares. Quand l'ensemble d'une association fonctionne mieux, on ne peut que garder le silence en regardant. Aujourd'hui, je vais parler de moi.

    Plus on souffre, plus on progresse

    On compose souvent dans la souffrance. Il s'agit de ne pas être perdant au concours de composition, ni de manquer le premier prix…. Mais, dans l'histoire, les grands compositeurs formidables sont nombreux. Même si un compositeur n'est pas très renommé, il est bouleversant que ses œuvres subsistent après sa mort. Je me demande souvent quel niveau je pourrais atteindre en faisant de mon mieux toute ma vie, et je juge mon niveau comme n'étant pas encore à ce niveau, donc plus je compose, plus je souffre. L'objectif est très élevé, mais même si j'essuie plusieurs échecs, je n'abandonne jamais. Je sais que ça ne sera pas facile. De plus, quand on relève un défi difficile, on s'améliore. Plus on souffre, plus on progresse. En effet, je me rends compte que je n'aurais pas pu composer mes derniers morceaux il y a cinq ans. Avant toute chose, la musique est superbe, que j'essaie de composer, c'est une sensation gratifiante.
    Je suppose que pour vous aussi, n'est-ce pas ? Mes félicitations à tous les concurrents ! C'était exceptionnel, bravo !

    (Discours critique que j'ai prononcé à la fin du « 22e Concert des ensembles de mandolines et de guitares de l'Association Culturelle des Lycées de Shizuoka » en novembre 2018)

    J'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordesJ'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordes


    votre commentaire
  • Cette année encore, aucune de vos interprétations n'a manqué d'ambition. Mes félicitations à tous les concurrents !
    Il se trouve que, le mois dernier, j'ai eu un entretien avec une personne qui voulait abandonner l'enseignement du japonais pour devenir professeur de saxophone. Je l'ai interrogée pour comprendre quel professeur de japonais elle avait été, et imaginer quel professeur de saxophone elle deviendrait : « Quel est le but d'enseigner à des enfants leur propre langue ? » Elle m'a répondu, après avoir réfléchi : « Le but, c'est de leur donner l'amour de leur langue. » puis « De leur donner l'amour des autres. »
    Quelle belle réponse ! Mais à sa place, voici ce que j'aurais répondu :
    - C'est d'abord apprendre à comprendre chaque mot, puis à saisir la relation entre les paragraphes : soit un développement, soit une réfutation, ou bien une illustration....
    - Ensuite, apprendre à résumer tout un long texte.
    - Finalement, apprendre à lire entre les lignes la véritable intention de l'auteur…. Par exemple, aucun soldat en temps de guerre ne pouvait écrire la vérité dans ses lettres. Non ! Il y a une multitude de textes dans le monde, mais je ne sais quels sont ceux qui disent la vérité.
    - Si on remplace « mots » et « texte » par « partition », on constate qu'en musique, c'est la même chose.
    C'est bien là ce que toutes vos interprétations nous ont rappelé aujourd'hui !

    Quel est l'objectif des cours de japonais donnés aux Japonais ?

    (Discours critique que j'ai prononcé à la fin du « 31e concours musical de Shimamura » à la Salle Kioï à Tokyo)

    J'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordesJ'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordes


    votre commentaire
  • Cette année encore, j'ai été heureux d'écouter toutes vos interprétations magnifiques. Certaines avaient le charme d'un nouveau-né, du point de vue de l'innocence.
    Alors, je voudrais vous parler de la différence entre la musique instrumentale et le chant. Un exemple facile à comprendre, c'est la variation. D'abord, elle expose souvent un chant simple, puis suivent plusieurs variations de techniques instrumentales, qui parfois atteignent le nombre de plusieurs dizaines. Parmi les œuvres d'aujourd'hui, certaines étaient du style du chant. Une partie joue toujours la mélodie principale, les autres toujours l'accompagnement ; c'est le style de musique le plus simple. Il y a ce qui est le chant, et ce qui ne l'est pas, c'est ça, le style qu'on appelle « chant ». D'autre part, il y a eu quelques interprétations qui commençaient dans un style instrumental contemporain, mais qui, au milieu, se changeaient presque toujours en un chant lent.
    Quand j'étais étudiant, mon professeur de composition me taquinait parfois en me disant que si je ne pouvais m'empêcher d'aimer le chant, c'était que nous sommes fondamentalement un peuple agricole. Mais la musique instrumentale offre des possibilités plus vastes que le chant. Ne vous satisfaites pas du chant. Honneur à la musique instrumentale !

    La différence entre la musique instrumentale et le chant

    À propos, alors que dans les deux cas la musique est interprétée par des lycéens, il me semble qu'il y a une différence de niveau entre la musique instrumentale (mandolines, guitares ou instruments à vent) et la musique chorale. Quand on écoute un concours de chœurs, la pièce exigée est facile, mais la pièce libre présentée à un concours national par un lycée est d'un niveau presque professionnel sur les points « musicalité » et « justesse ».
    Pourquoi la musique instrumentale ne peut-elle pas atteindre ce même niveau ? Est-ce seulement parce qu'il est difficile de produire les sons ? Ou bien parce que, comme tout le monde ne peut pas participer, sans un instrument quelconque, les ressources humaines sont-elles limitées ? En tout cas, force est de constater que notre musique a inévitablement tendance à être enfantine.
    …Comme pour Socrate, la pire ignorance est celle qui s'ignore elle-même. Au lieu d'en avoir honte, nous allons en prendre conscience et l'améliorer.
    La musique, c'est le plus tardif de tous les arts. Dans l'ordre de l'évolution viennent la littérature (qui demande seulement l'écriture), la peinture, l'architecture, et enfin la musique. Plus un art nécessite des efforts, moins il évolue tôt. Il est certainement strict, mais il suscite un grand enthousiasme, comme des applaudissements. Honneur à la musique instrumentale qui demande des efforts acharnés ! Mais, apprenons aussi la musique chorale. Voilà, c'est monochrome aussi.

    (Discours critique que j'ai prononcé à la fin du « 21e Concert des ensembles de mandolines et de guitares de l'Association Culturelle des Lycées de Shizuoka » en novembre 2017)

    J'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordesJ'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordes


    votre commentaire
  • J'ai été surpris d'entendre quelques interprétations de cette année qui étaient d'un plus haut niveau que celles des précédentes rencontres. Sur l'interprétation, comme sur la composition, tous les candidats sélectionnés me semblent avoir préféré des œuvres compliquées. Etait-ce dû au concours ? Pourtant, plus un message est simple, plus il est fort. Même si la technique, bien développée, permet d'obtenir une finesse compliquée, l'essence est toujours simple.
    Les indications données sur une partition, comme les accents, les liaisons d'accentuation ou les ritardando etc. sont l'assaisonnement. Si on mange en pensant aux effets de chaque ingrédient, comme « Prendre du sel après avoir transpiré », « Les acides aminés, le vinaigre, sont bons pour la santé », le repas ne sera pas délicieux. On peut oser ne pas prendre d'assaisonnement si on ne l'aime pas. Ce qui compte, c'est d'apprécier ce qu'on mange et de bien le digérer, pour le transformer en énergie.
    Il en va de même pour la musique : on ne peut pas émouvoir quand on se contente de la produire avec exactitude. Lorsqu'un cuisinier voit au-delà de l'ordre des notes, dans un style personnel, il est temps pour lui de grossir les rangs des professionnels. Cette année, il y a eu de tels moments. Mes félicitations à tous les candidats sélectionnés !

    Plus un message est simple, plus il est fort

    (Discours critique que j'ai prononcé à la fin du « 30e concours musical de Shimamura » à la Salle Kioï à Tokyo)

    J'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordesJ'ai terminé « HATAORI » pour ensemble à cordes


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique